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    « Je suis responsable bonheur dans mon entreprise »

    Bidon ou poste clé ? Le job de Chief happiness officer venu tout droit de la Silicon Valley se développe dans les boites françaises

    Aurélie Buhagiar est  Chief Happiness Officer – soit «responsable du bonheur» chez LR technologies group, startup française spécialisée dans l’ingénieurie et lauréate du « Great place to work  2016. ». Elle est l’une des rares Françaises à pouvoir afficher ce titre venu tout droit des Etats-Unis. Sur le réseau LinkedIn, ils sont une cinquantaine à se revendiquer CHO. Mais de quoi s’agit-il au juste ?

    Profession : rendre heureux 

    Avant de se présenter à son entretien d’embauche, Aurélie ignorait totalement ce dont il s’agissait. Cette ex-community manager est tout de même engagée pour « Rendre les salariés heureux », dans une start-up qui fait du bien-être un étendard.

    Depuis, « Je m’occupe du bien-être des autres employés au quotidien. J’organise des évènements, des fêtes, des séminaires, des restaurants, des goûters », détaille la Chief Happiness Officer.

    Difficile pour elle de donner la définition exacte qui se cache derrière ces trois lettres. Ni chargé de com’, ni RH, ni responsable de l’événementiel, mais un peu les trois à la fois. Un job de transition, dans une époque qui cherche comment motiver ses troupes dans un environnement instable. Alors on réinvente ce que le train train d’autrefois créait : des moments de détente, la pause café améliorée, des moments pour se parler…Car tout va trop vite autrement. Les moments un peu vagues, où les employés sympathisaient ont été doucement chassés par la recherche de productivité. Et partout, le stress a gagné, le burn out, le bore out pour ceux qui ne trouvent pas de sens…bref, un malaise que les RH ont du mal à prendre en charge. Et que les chief happiness officer sont chargés de prévenir.

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    Chaque matin, Aurélie Buhagiar fait en sorte que l’environnement de travail soit prêt. « J’apporte le petit-déjeuner, je décore les locaux.» Aliona Chaffort, qui occupe cette même fonction à Sponsorise.me, une plateforme de financement participatif dédiée au sport, liste ses petites attentions : « Je leur offre des ballons de gym pour soulager les douleurs du dos, des paniers de fruits chaque jeudi, des massages assis tous les quinze jours, ou encore des partenariats avec un centre d’ostéopathie et la salle de sport du coin. » . Si le job ressemble à un peu à l’organisation de vacances réussies, elle assure qu’il faut se montrer créatif.« En ce moment je me creuse la tête pour trouver quelque chose d’original pour notre soirée de Noël. »

    La relation plus importante que le contenu 

    Au delà de ces rendez-vous agréables, c’est avant tout un métier d’attitude. Toutes deux se doivent d’être les ambassadrices de la culture positive de leurs entreprises. Aurélie Buhagiar le confesse. « S’il y a bien une personne qui ne doit jamais être de mauvaise humeur ou baisser les bras, c’est moi.» Des petits mots gentils, une écoute, de la psychologie au quotidien…un petit mix de grande soeur et de bonne copine qui font surement du bien.

    Pour Franck Martin, auteur de « Managez humain, c’est rentable ! Comment humaniser les relations professionnelles » (éditions De Boeck Supérieur), le happiness management reprend l’idée que la relation est plus importante que le contenu. « C’est l’idée de collaborer plutôt que de rentrer en concurrence, de remercier plutôt que de passer sous le silence, de sourire plutôt que de garder des sentiments enfouis, d’apprécier ce que l’on a plutôt que de se mettre des œillères, de pardonner plutôt que de laisser la rancœur, d’aider plutôt que laisser faire ou nuire.»

    Le spécialiste de la communication en entreprise juge ce poste essentiel dans toutes les boîtes, encore plus quand ces dernières se retrouvent dans des phases stratégiques de développement ou dans des situations qui peuvent s’avéraient angoissantes pour ses salariés. Lors d’une fusion, d’un rachat, d’une sortie d’un nouveau produit par exemple.

    Plus heureux donc plus créatif

    L’idée principale derrière cette rupture avec des habitudes ancrées depuis l’ère industrielle est surtout qu’un collaborateur plus heureux est avant tout un travailleur plus efficace, plus productif et plus inspiré. « Tout est fait pour que les employés se sentent heureux. Au delà de la bonne ambiance, le but est bien entendu que nos employés soient plus créatifs », confirme Aurélie Buhagiar.

    Miser sur l’humain pour augmenter sa performance ? Aliona Chanfort en est tout aussi convaincue. « Aujourd’hui on ne parle plus de motivation mais d’engagement. C’est un véritable partenariat entre l’entreprise et l’employé. Un employé donnera plus si l’entreprise lui montre qu’elle tient à lui en mettant des actions en place. »

    Selon Franck Martin, les résultats d’une telle approche sont bien réels. « Ces pratiques managériales permettent même la diminution de l’absentéisme, des arrêts maladies et des burn-out », assure l’auteur.

    Alors pourquoi les CHO ne séduisent pas encore tout le monde ? 

    La profession est en développement, mais suscite toujours un peu d’incrédulité voire des railleries. Parce que dans le fond qu’est ce qu’un  Chief Happiness Officer  ? Juste quelqu’un de gentil ? Il n’existe pas d’école de CHO qui forme à l’écoute, pas d’université où l’altruisme et la convivialité sont des matières obligatoires. (#peut être à mettre au programme)

    Et surtout, beaucoup y voient une opération de com’. La feel-good attitude est à la mode. Comment différencier la boîte qui se sert de ce poste pour communiquer sur son image de celle qui se soucie réellement du bien-être de ses salariés ? Franck Martin prévient : « Si ce n’est qu’une démarche marketing, si l’entreprise veut seulement donner l’impression d’être cool, ça marchera deux à six mois, mais pas plus.». En attendant, on veut bien aller au Yoga, manger des croissants, avoir des cadeaux pour Noël…

    Juliette Hochberg

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