Une interview sans langue de bois avec la Fédération des Motards en Colère
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Une interview sans langue de bois avec la Fédération des Motards en Colère
Vincent Pons |  10.06.2020
Une interview sans langue de bois avec la Fédération des Motards en Colère

Le déconfinement semble être l'heure attendue par tous les cyclistes qui voient le vélo comme le mode de déplacement préféré des Français. Certes, mais qu'en pensent les propriétaires de cylindrées ? On a demandé son avis à Jean-Marc Belotti, président de la Fédération Française des Motards en Colère.

Portrait de la Fédération Française des Motards en Colère (FFMC ...

Afin de mieux comprendre le nom de votre fédération, Motards en colère, pouvez-vous nous expliquer pour quoi êtes-vous en colère exactement ?

Nous existons depuis 1980 et à l’époque, nous étions en colère contre de nombreuses choses : la cherté des assurances, les problématiques de vignette et la non-adaptation des infrastructures routières pour les motards. Au fil du temps, nous avons continué notre combat contre la discrimination des usagers de deux-roues motorisés. Aujourd’hui, la colère est devenue positive car nous ne nous opposons jamais sans faire de proposition. À chaque fois que nous montons au créneau contre une proposition de loi, c’est avec une proposition derrière.

Le débat public actuel fait la part belle au vélo et il est considéré comme le véhicule adéquat pour le monde d’après. Le deux-roues motorisé peut-il aussi avoir sa place ? 

Nous avons compris que l’écologie est l’un des thèmes majeurs de notre monde et partant de ce constat, les politiques développent le vélo. Pourquoi pas. Cependant, on met en place une politique vélo sans adapter correctement les infrastructures pour les usagers qui sont loin de leur lieu de travail. À Paris, suite à l’augmentation des prix du loyer, il y a des déplacements obligatoires. Lorsque l’on habite Paris intra-muros, on n’a aucun souci de transport entre le vélo, le bus, le tramway et le métro. Mais pour ceux qui habitent au-delà du périphérique, ils sont souvent amenés à prendre un véhicule personnel pour se déplacer rapidement. Dans ce cadre-là, le deux-roues motorisé est une très bonne solution. 

Le deux-roues motorisé est une solution idéale en terme de mobilité.

En quoi est-ce une bonne solution ? 

Ce type de véhicule favorise la fluidité du trafic, il est moins polluant qu’une voiture, aucune moto ne roule au diesel. Lorsqu’une personne se rend au travail en voiture, elle utilise souvent un cinquième de la place offerte par le véhicule alors qu’une moto c’est 50%. Elle prend aussi moins de place lors du stationnement, l’espace d’une seule voiture suffit à loger quatre deux-roues motorisés. Ces éléments font du deux-roues motorisé une solution idéale en terme de mobilité. 

En parlant de stationnement, dans une précédente interview, le collectif Ras-le-Scoot nous disait que le stationnement pour les deux-roues motorisés pourrait devenir payant à Paris. Qu’en pensez-vous ? 

Anne Hidalgo veut mettre en place le stationnement payant et nous trouvons cela complètement aberrant. Nous considérons le deux-roues motorisé comme un mode de transport à plébisciter et non à pénaliser. Ce n’est pas toujours un plaisir de prendre une moto, notamment quand il pleut, et dans cette situation de nombreuses personnes préfèrent prendre la voiture quoi qu’il en coûte. Même si la motorisation du deux-roues est thermique, il faut la valoriser car elle apporte une véritable plus-value en terme de trafic urbain. 

Il faut arrêter d’imaginer que les conducteurs de deux-roues sont tous des loubards en blouson noir.

Dans cette même interview, il a été évoqué l’agressivité des motards sur la route. Est-ce une réalité selon vous ? 

Un imbécile roulant à moto, en voiture, à vélo, restera toujours un imbécile. Le véhicule ne définit pas le comportement d’une personne, c’est sa mentalité. Des collectifs comme Ras-le-Scoot stigmatisent certains usagers sans voir le problème dans sa globalité. Les motards et scooters ne sont pas les rois de l’incivilité, ils peuvent en créer au même titre que les usagers de voitures ou de vélos. On constate notamment au quotidien un grand nombre de vélos qui ne s’arrêtent pas au feu rouge, il suffit d’attendre peu de temps à un croisement parisien pour constater ces situations. L’âge moyen d’un usager de deux-roues motorisé est de 47 ans, ce sont des pères et mères de famille. Il faut arrêter d’imaginer que les conducteurs de deux-roues sont tous des loubards en blouson noir. La première chanson discriminante a été l’Homme à la moto d’Édith Piaf et cela remonte aux années 1950… 

Pour revenir au débat, de nombreuses pistes cyclables provisoires ont été mises en place en mai dernier. Est-ce une bonne idée ?

On nous ment. Lorsque la Mairie de Paris met en place quelque chose de provisoire, elle attend que les gens s’habituent pour que cela devienne permanent. Je vous assure que la piste cyclable rue de Rivoli est bien là pour durer comme toutes les autres voies vélo. Concernant ces voies en elles-mêmes, nous sommes tout à fait d’accord avec l’installation de pistes cyclables. Le cycliste est un usager fragile qui doit être protégé et elles ne doivent pas être utilisées par les deux-roues motorisés. Cependant, un problème subsiste car ces voies ne laissent plus assez de place aux autres véhicules et les deux-roues ne peuvent plus jouer leur rôle de fluidification du trafic. Nous demandons 50 centimètres de plus sur les voies afin de jouer notre rôle de fluidification. Il faut que l’espace public soit partagé, contrairement à Ras-le-scoot qui demande à exclure tous les autres moyens de transport. 

Si vous donnez votre accord à l’installation de nouvelles pistes cyclables, quel est le problème de celles-ci ? 

Leur problème majeur est leur faible fréquentation. Lorsque l’on roule dans Paris, on constate que les pistes vélos sont désertes alors qu’à côté de celles-ci, il y a des bouchons gigantesques. Lorsqu’il y a des bouchons à côté d’une piste cyclable complètement vide, les usagers sont tentés par l’infraction et ont tendance à l’emprunter. Il ne faut pas en faire trop pour des cyclistes qui ne sont pas si nombreux. Hier, la voiture bénéficiait de tous les aménagements et aujourd’hui, c’est le vélo. L’exagération n’a jamais amené rien de bon, les victimes de demain seront les bourreaux d’hier, c’est-à-dire les automobilistes. Les usagers des deux-roues motorisés ne sont jamais dans le débat, nous avons toujours été les oubliés. 

Comment pourraient donc faire les acteurs politiques pour que vivre ensemble soit synonyme de voirie  ?

La première chose est d’organiser une concertation avec des représentants de tous les modes de déplacement, même les trottinettes. La Mairie de Paris ne va pas dans ce sens et met en place une politique d’immobilité violente en voulant faire partir tous les moteurs thermiques. Elle ne consulte personne et chaque décision a des impacts sur toutes les mairies avoisinantes. Il faut mettre en place des infrastructures en écoutant chaque partie. Concernant les voies vélos, si nous avions été invités à la table, nous aurions demandé quelques centimètres de plus et cela aurait apaisé le débat. Lorsqu’on roule à vélo, on constate l’incivilité première des cyclistes : ne pas s’arrêter au feu et passer sous le nez des piétons. Des associations de piétons commencent à s’élever contre cela mais plus il va y avoir de vélos, plus il va y avoir de conflits entre piétons et cyclistes et notamment lorsque les pistes cyclables sont sur les trottoirs.  

Plus d’infos sur la Fédération Française des Motards en Colère ici.

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