Rencontre avec CoopCycle, les coursiers solidaires qui veulent manger Uber Eats
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Rencontre avec CoopCycle, les coursiers solidaires qui veulent manger Uber Eats
Hilaire Picault |  25.06.2020
Rencontre avec CoopCycle, les coursiers solidaires qui veulent manger Uber Eats

Procès, boycotts, faillites... les plateformes de livraison de repas dégustent. Mais les indépendants vont très bien. Leur protection, c’est la fédération CoopCycle. Pour comprendre, on a recueilli les explications de 4 coopératives au cours d’une table ronde.

Bonjour à tous ! Pouvez-vous nous présenter la fédération CoopCycle ?

Kevin Poperl (co-fondateur de l’association) : CoopCycle est un projet de mutualisation de services, une « caisse commune ». On ne prend pas de marge. C’est plus une cotisation versée par les livreurs et livreuses du réseau. C’est toujours leur argent mais il est socialisé pour… des embauches, fixer le niveau de salaire, produire des services (comme notre logiciel) dont ils fixent les priorités. Aujourd’hui, ce montant est de 2% de la valeur ajoutée produite par chaque collectif, mais c’est rediscuté chaque année.

“Le client final accepte de payer un peu plus cher pour un service de qualité et des livreurs protégés par le droit du travail”.

C’est rentable comme système ?

Kevin : Au niveau de la fédération, notre budget est inférieur à 100 000 euros par an, et on ne fait pas de profit. Toutefois, on ne fait pas de pertes : on “gagne” même plus d’argent que les plateformes qui sont en déficit constant.

Jérôme (Toutenvélo, Grenoble) : Aux tarifs pratiqués par les plateformes pour les livreurs et les restos, le modèle économique n’est pas viable. En revanche, il y a un marché pour de la foodtech éthique, au sens où le client final accepte de payer un peu plus cher pour un service de qualité et des livreurs protégés par le droit du travail.

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Lancé il y a 4 ans avec son logiciel de prise de commandes, où en est CoopCycle en 2020 ?

Kevin : Aujourd’hui on plus de 30 coopératives membres en France comme en Europe (Belgique, Espagne…), qui représentent bien 200 livreurs et livreuses. Et on reçoit en permanence des demandes qu’on n’arrive même plus à traiter : on a des demandes de coops en Argentine, au Brésil, aux États-Unis, Canada et Grande Bretagne depuis le COVID-19…

Votre logiciel open source permet l’autonomie des livreurs. Était-ce le seul frein au développement de collectifs en France ?

Kevin : Être propriétaire des outils de production est nécessaire mais pas suffisant. Les collectifs du réseau CoopCycle ont besoin également d’apport commercial, d’achats groupés, d’assurances… Nous essayons de les mettre en place, même si cela avance moins vite. Il a fallu une certaine opiniâtreté, une ambition politique portée déjà au début par le développeur du logiciel (Alexandre Segura) puis de la rigueur collective pour maintenir ça bénévolement ; on peut parler d’une certaine volonté de “faire chier” les plateformes. Mais l’idée était bien sûr d’améliorer concrètement la vie des travailleurs et travailleuses.

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À la différence d’UberEats, Deliveroo et compagnie, vous êtes organisés en collectifs de livreurs par ville, et rassemblés par une éthique. Comment la définissez-vous ?

Serge (de Rayon9, à Liège) : Notre activité économique est la livraison à vélo-cargo mais nos deux finalités sont tournées vers la collectivité. Il s’agit d’apaiser les zones urbaines en réalisant des livraisons éco-responsables et de fournir un emploi de qualité (CDI, emploi vertueux, conditions raisonnées) à des jeunes en recherche d’emploi. Finalement, sur le principe, nous ne fonctionnons pas du tout comme ces sociétés ubérisées.

Qu’est-ce qui motive un collectif à rejoindre CoopCycle ?

Jérôme  : Nous étions dans une démarche de numérisation de nos livraisons : moins de papier, flexibilité de l’attribution des tâches, simplification des relations clients. Il y a une volonté de mettre l’outil au service des coopératives, mais aussi une démocratie interne très vivante. On n’est pas consommateur d’un logiciel mais membre d’un collectif avec des valeurs très positives et l’envie d’avoir un impact positif sur la société.

RAYON9

On a reproché aux plateformes de pratiquer le salariat déguisé. Embaucher, est-ce l’objectif pour CoopCyle ?

Arthur (Les Coursiers Bordelais) : À Bordeaux, en un an nous avions déjà de quoi nous salarier à plein temps. Nous, on montre qu’une entreprise où les salariés se gèrent eux-mêmes en débattant des orientations tactiques et stratégiques de leurs entreprises peut vite devenir rentable.

Kevin : Contraindre au salariat est une des conditions pour rejoindre la fédération. Au niveau de la fédération, nous avons déjà salarié deux travailleurs produisant les services communs : un développeur et un coordinateur.

“Être salarié a permis un recours au chômage partiel, et on a tenu”.

Avec des marges inférieures, vous devez êtres plus fragiles… Vous sortez du confinement plus forts ou affaiblis ?

Arthur : Être salarié a permis un recours au chômage partiel, et on a tenu. Ayant perdu la majeure partie de notre activité, on a décidé de faire du bénévolat pour livrer des repas et des médicaments aux plus fragiles. Depuis, on a repris quasi à 100%. La diversité de notre clientèle a permis ça.

Jérôme : Depuis le déconfinement le volume a baissé mais de nouvelles pratiques de consommations sont apparues ou se sont renforcées : plus local, et plus de commandes à domicile. Il nous appartient de répondre à cette demande et CoopCycle en tant que logiciel et en tant que collectif nous aide beaucoup sur ça.

Plus d’infos et liste des livreurs affiliés à CoopCycle sur coopcycle.org

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