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    Le quinoa, l’aliment chouchou des hipsters qui a ruiné les Boliviens

    C’était en 2013 : l’ONU déclarait le quinoa aliment de l’année, et l’Internationale des hipsters se ruait en masse sur cette plante facile à cuisiner et à prendre en photo. Cinq ans plus tard, le premier pays exportateur au monde, la Bolivie, est ruiné. Comment en est-on arrivé là ?

    Faites entrer l’accusé… « La classe moyenne libérale qui brunche dans des cafés végétariens et poste ses photos de salades de quinoa et autres toasts à l’avocat sur Instagram voit probablement ses choix culinaires comme une marque d’ouverture d’esprit profonde, mais il s’agit d’ une forme moderne de colonialisme. Tout comme les Anglais ont pillé l’Inde pour son thé et ses épices, cet arrangement assoit la puissance financière des pays développés face à la pauvreté et au désespoir des pouvoirs plus faibles. » L’article dont est issue cette citation a été publié en octobre 2016 sur Highsnobiety.com, et rien ne résume mieux le dérapage consumériste qui a poussé cette plante traditionnelle, cultivée depuis 5 000 ans en Amérique du Sud, vers la faillite.

    Des avantages réels. Au départ pourtant, tout part d’un bon sentiment. Car le quinoa, et vous avez déjà lu le lire cent fois, c’est bon pour la santé. Membre de la famille des betteraves et des épinards, celui-ci est riche en protéines (entre 14 et 18%), en acides aminés et comme il n’entraine la mort d’aucun animal, il devient rapidement un must have des régimes végétariens. Bonus : le quinoa, c’est zéro gluten. Il n’en faut pas plus pour que l’aliment se retrouve propulsé en tête du classement Instagram des branchés qui le consomment autant dans l’assiette que dans leur smartphone. Et comme les diététiciens n’y trouvent rien à redire (l’aliment possède une faible teneur en matières grasses), tout le monde se jette sur cette alternative à la viande qui se cuisine à toutes les sauces. Débute alors une mode alimentaire censée enrichir la Bolivie, où se trouvent les plus grandes cultures. Et là, c’est le drame.

    Sur la paille. De New York à Paris en passant par Berlin, tout le monde en veut. Rien qu’entre 2012 et 2014, la production bolivienne augmente de 260%. Impossible d’ouvrir votre timeline sans tomber sur un plat de quinoa suivi d’un #GoodFood ou #BonPourMonCorps. Mais à l’autre bout de la planète, on rigole moins. Attirés par l’odeur des billets verts, plus de 90 pays se lancent dans l’exploitation de cet ingrédient symbole d’une alimentation plus « équitable ». De fait, ce sera tout l’inverse : la Bolivie, où 250 000 personnes vivent de cette culture, se voit contrainte de vendre à perte pour lutter contre la concurrence ; conséquence de quoi les prix chutent et, cinq ans plus tard, plus de la moitié des producteurs boliviens vivent en dessous du seuil de pauvreté. Pire encore, fin 2013 le quinoa devient à Lima plus cher que le poulet. Cette hausse de prix de cette céréale locale pousse les habitants vers la malnutrition et l’achat d’aliments de moins bonne qualité. Voilà ce à quoi a mené la dictature du « manger bon » tant vantée en Occident.

    Et faites aussi entrer l’avocat. Le destin dramatique du quinoa, victime de son succès, l’est tout autant pour d’autres aliments ancestraux dits « bio ». Même combat pour le maïs, le café, les avocats, qui ont notamment conduit à de sévères problèmes de déforestation au Mexique, ou encore le chocolat dont on annonce désormais la mort pour 2050 (en l’occurrence à cause du réchauffement climatique). Les producteurs locaux, soucieux de gagner de l’argent, sont-ils à blâmer ? Certainement pas. Les consommateurs, eux, un peu plus. Peut-être l’occasion, dans cette grande quête de consommation responsable, de s’interroger plus profondément sur le respect des cultures dites « exotiques », et ce afin d’en finir avec ces importations qui appauvrissent les sols et les populations.

    En ce qui concerne le quinoa, une bonne nouvelle quand même : des régions françaises comme l’Anjou ont débuté sa culture, ce qui permettra — on l’espère — des circuits de production plus courts, mais aussi la fin de cette insupportable mode du « food porn » qui n’excite plus du tout les Boliviens.

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