Pourquoi la voiture à hydrogène peine à décoller en France ?
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Pourquoi la voiture à hydrogène peine à décoller en France ?
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LA REDACTION |  18/12/2020 10:43
Pourquoi la voiture à hydrogène peine à décoller en France ?

Fonctionnement nébuleux, politique gouvernementale tâtonnante, lente démocratisation : le véhicule personnel à hydrogène roule encore au ralenti. On vous explique pourquoi.

Bus, trains, camions… Les véhicules à hydrogène ont le vent en poupe. Quid des voitures individuelles ? Alors que les énergies fossiles, directement mises en cause dans le réchauffement climatique, risquent de se raréfier dans les années à venir, le monde automobile, tourné depuis quelques années vers le tout-électrique, est constamment à la recherche de solutions alternatives. Tandis que leur supposée “propreté” est déjà sujette à polémique (tout dépend en fait du mode de production du combustible), les voitures à hydrogène, prêtes à briller, peinent pourtant à se faire connaître. Où en est la France concernant cette nouvelle technologie prometteuse ?

Une voiture à hydrogène, comment ça marche ? À ce jour, le terme de “voiture à hydrogène” est quelque peu usurpé : il s’agit en fait d’une voiture électrique dont la batterie est alimentée par une pile à combustible (le fameux hydrogène étant ce combustible dit “réducteur”). La raison de cette confusion est plutôt simple : sous forme gazeuse (dans une bonbonne), liquide (cryogénisé, utilisé dans le domaine spatial) ou moléculaire (stocké au cœur d’un matériau-éponge comme le carbone), il est, dans l’ordre, difficile, dangereux et encombrant d’en stocker de grandes quantités.

Au mitan des années 2000, certains constructeurs ont bien tenté de créer des voitures purement propulsées par de l’hydrogène, sans succès. Les vrais moteurs à hydrogène n’existent donc pas. Pour donner un ordre d’idée, il faudrait un volume d’environ 11 m³, soit celui du coffre d’un grand utilitaire, pour stocker un seul kilogramme, c’est-à-dire la quantité nécessaire pour parcourir 100 km.

Aujourd’hui, les moteurs hybrides (combinant de l’hydrogène et une batterie électrique) ont un sérieux problème : alors qu’en théorie, ils devraient être complètement “verts”, la combustion de l’hydrogène ne produisant que de la vapeur d’eau, ils sont ce qu’on appelle de simples “vecteurs d’énergie”, car la production industrielle d’hydrogène utilise de grandes quantités d’hydrocarbures. L’électrolyse de l’eau (cours de chimie express : séparer le H et le O dans H2O) n’étant pas encore au point, 95% de l’hydrogène est “gris”, c’est-à-dire produit par des filières (gaz naturel, pétrole, charbon) émettant de nombreux polluants.

Dernier point : oui, l’hydrogène à l’état naturel existe sur Terre, mais il est tellement léger qu’il est très difficile de le capturer directement (c’eût été trop facile sinon). Malgré des problèmes éthiques, plusieurs constructeurs ont déjà mis sur le marché des modèles dits “à hydrogène”. Si les bus et les trains propulsés sont à la mode, des prototypes préfigurent déjà des modèles qui devraient toucher le bitume entre 2021 et 2022.

Quelle est la politique du gouvernement français concernant l’hydrogène ? Les mots sont forts : le gouvernement français dit vouloir éradiquer les moteurs “sales” d’ici 2040. Et puisque la filière hydrogène a déjà commencé à faire ses preuves dans plusieurs communes de France avec des bus et des trains, on veut accélérer le processus. Au début de l’année, le ministère de la Transition écologique a donc annoncé vouloir injecter 90 millions d’euros à la filière.

Bien sûr, l’annonce ne concernait pas uniquement la voiture individuelle, même si l’argent servirait notamment à augmenter le nombre de stations-service hydrogène destinées aux particuliers. Il s’agissait avant tout d’un appel à projets (y compris publics, développement de bus de ville en tête) pour distribuer des dotations à vingt lauréats triés sur le volet.

Pour les potentiels conducteurs de véhicules à hydrogène, ce sont bien les infrastructures qui font pour l’instant défaut : le stockage et la distribution du précieux gaz sont limités à dix stations en France (alors qu’elles sont déjà au nombre de 100 en Allemagne). Si faire un plein donne une bien meilleure autonomie qu’avec une voiture électrique “traditionnelle”, encore faut-il trouver une pompe… À noter, plusieurs modèles sont encore “triplement hybridés”, puisqu’ils incluent, au cas où, un réservoir d’essence en plus de la batterie électrique et du petit réservoir d’hydrogène.

Le but du gouvernement français est d’atteindre l’objectif de 43 stations-service d’ici fin 2021, puis une centaine dès 2023. Le coût actuel d’une station est situé entre 500 000 et 1 million d’euros !

Où en sont les promesses françaises de démocratisation de cette énergie ? Chaque année, 880 000 tonnes d’hydrogène industriel sont produites en France. Dans l’enveloppe promise début 2020 par le gouvernement français, l’industrie prendra bien sûr la part du lion. Mais pour que les entreprises puissent produire un hydrogène vert, il faudra notamment s’éloigner du modèle tout-puissant au gaz naturel (qui accélère l’effet de serre) et se pencher sur l’électrolyse de l’eau (vraiment propre lorsqu’elle provient d’énergies renouvelables, comme l’éolien ou le solaire).

Récemment, Benoît Potier, PDG d’Air Liquide, deuxième groupe mondial du secteur des gaz industriels, est monté au créneau devant la Commission des affaires économiques du Sénat. Selon lui, le déploiement d’un hydrogène dit décarboné “n’arrivera que si on est capable, à l’échelle nationale, de fédérer les efforts et les investissements“.

Dans sa ligne de mire, des instances gouvernementales promptes à créer des bien nommées “usines à gaz”, sans effets concrets. Le gouvernement vient en effet d’annoncer la création d’un Comité national de l’hydrogène, présidé par le ministre de l’Économie Bruno Le Maire… “Il faut qu’au niveau national, on devienne à la fois opérationnels et qu’on ait une capacité à réfléchir, à un niveau peut être différent, sur les directions à prendre, les budgets à allouer“, estime de son côté Benoît Potier, visiblement impatient.

À ce jour, seules 12 000 voitures à hydrogène sont en circulation dans le monde. Elles sont grosso modo réparties entre la Californie et l’Asie. Une petite dizaine seulement roule dans l’Hexagone. Par chance, elles donnent droit à un bonus écologique de… 3000 euros ! Bref, il y a du chemin à parcourir pour que cette technologie devienne abordable et vraiment propre.

gaz Hydrogene

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