Lydia Truglio Beaumont, la motarde qu’aucun accident ne pouvait arrêter
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Lydia Truglio Beaumont, la motarde qu’aucun accident ne pouvait arrêter
Vincent Pons |  01/10/2020 12:27
Lydia Truglio Beaumont, la motarde qu’aucun accident ne pouvait arrêter

Compétitrice acharnée, Lydia Truglio Beaumont remporte prix sur prix jusqu’à connaître un accident qui va la plonger dans le coma pendant plus de quinze jours et l'immobiliser plus d’un an à l’hôpital. Elle raconte son parcours dans un livre et se confie à "Détours" sur la passion d’une vie.

Comment a commencé votre histoire d’amour avec les deux-roues ? 

À 18 ans, j’ai eu directement mon permis moto et la passion a commencé à l’instant où je suis montée dessus. Mais voici la vraie histoire dont je ne parlais jamais avant mon accident. J’ai perdu mon frère Yannick lors d’un accident et depuis je n’ai jamais pu reconduire de voitures, seulement une moto et un camion.

Qu’avez-vous ressenti lorsque vous avez conduit une moto pour la première fois ? 

J’ai senti directement cet instinct de liberté que procure l’engin. C’est devenu le seul endroit où je me sens moi-même. Sans elle, il me manque quelque chose. Tout motard connait ce sentiment de liberté et d’apaisement. 

Il existe pourtant une différence entre la conduite quotidienne et la compétition. Comment êtes-vous passée aux circuits ? 

Un jour, une célèbre marque a sorti un nouveau modèle et avec quelques amis nous sommes allés le tester. Comme j’ai été la première femme au monde à l’essayer, le président de la marque m’a invitée sur un circuit pour poursuivre l’expérience. À partir du troisième tour, j’ai montré de vraies capacités de pilote et tout le monde est resté surpris. Ce même jour, un sponsor m’a repérée et inscrite au championnat de France. Lors de ce premier championnat, j’ai réussi à me qualifier à une bonne place parmi les hommes. 

Vous n’avez donc jamais pris de cours de pilotage ? 

Toujours à l’instinct. Je me suis tout de suite régalée.  

Après ce championnat, avez-vous poursuivi les compétitions ? 

Après cette première découverte, j’ai arrêté la route et commencé la compétition. Suite à la première épreuve du championnat de France, je l’ai poursuivi malgré l’abandon du sponsor. Je suis toujours arrivée à m’illustrer dans chaque compétition parmi les hommes et avec les femmes, j’ai toujours été au-dessus du lot. Sur les podiums masculins on pouvait toujours compter sur moi. Lors des tournois, j’allais m’amuser, que je finisse première ou dernière, je m’en foutais, ce qui m’importais c’était de m’éclater avec ma moto.

Étiez-vous beaucoup de femmes sur les circuits ? 

En Europe et dans le monde, oui, car je faisais le championnat de vitesse féminin. Il y avait une dizaine de femmes qui roulaient. Au Qatar, il y avait d’ailleurs la grande championne Nina Prinz qui roulait à nos cotés. En France, la situation n’était pas la même, nous étions trois ou quatre mais durant les entraînements, on était une trentaine. 

Sans moto je ne sais pas vivre.

Cette carrière s’est arrêtée nette en 2018 durant l’Africa Eco Race où vous avez subi un grave accident. Comment cela a-t-il pu se passer ? 

D’après ce que l’on m’a raconté, car je n’ai toujours pas retrouvé la mémoire, j’étais à 240 km/h en tout-terrain… En doublant un camion dans un virage, j’ai été expulsée hors de ma moto sur un mur. Les militaires qui me suivaient m’ont réanimée directement et héliportée. Les organisateurs de l’Africa Race ont assuré et en moins de 48 heures j’étais à l’institut Pasteur. Les médecins se sont pliés en quatre pour me sortir du coma, notamment mon « papa de la santé », le docteur F.  Je leur suis éternellement redevable.

Comment vous est venue l’idée d’écrire un livre sur votre aventure ?

Ce n’était pas vraiment mon idée. Lors de ma convalescence, le docteur F. essayait de me ré-apprendre la vie, c’est alors qu’il m’a conseillé d’écrire pour me rappeler mon autre carrière : celle de journaliste. Suite à ce manuscrit, il l’a envoyé à trois éditeurs et quarante l’ont contacté ! Le livre a été édité alors que je n’étais même pas au courant. Si cela avait été de mon ressort, je ne l’aurai jamais édité car je m’exprime sur ma vie et tout ce qui était inavouable. Je ne leur en veux pas, car ils l’ont fait pour moi. Ce livre m’a effrayé au moment de sa publication. Maintenant, il me fait énormément de bien que ce soit pour relancer ma vie, ou ma vie de motarde et ma vie de journaliste freelance. 

Remontez-vous à moto aujourd’hui ?

J’ai été dans le coma plus de quinze jours et je suis toujours en rééducation. J’ai été hospitalisée pendant quasiment deux ans. C’était compliqué de reprendre la moto : ma vision était en 2D et je ne voyais plus où freiner. Mais je veux apprendre à nouveau à piloter. J’espère revenir à un niveau excellent car même maintenant lors de compétitions, je suis toujours sur les podiums.

Voulez-vous revenir à la compétition ?

Oui, j’ai d’ailleurs un énorme projet, j’ai prévu de faire le rallye des Gazelles en mars 2022 pour la 31ème édition. Je pars pour cette édition parce que ce numéro a une résonance particulière pour moi, c’est mon numéro fétiche. Le 3 correspond à mon frère Yannick et le 1 pour moi. Je pars avec Carole, ma coéquipière qui est une miraculée elle aussi. On part toutes les deux car j’ai besoin d’une revanche sur la vie, je ne peux la prendre qu’à moto. Car sans moto je ne sais pas vivre. Ce n’est pas rien, c’est le Dakar féminin. On va un peu ramasser.

Conseillez-vous aux filles de se lancer dans les compétitions de motos ? 

Seule, non. Car lors de mes compétitions en moto j’en ai bavé. Mais si elles sont accompagnées d’un mécano ou de soutiens, je ne peux que leur conseiller de le faire. Être une femme est déjà assez difficile dans la vie privée, alors en compétition c’est très dur. C’est un monde très masculin et dur, même si j’ai tendance à l’enjoliver. 

Procurez-vous dès maintenant le livre de Lydia Truglio Beaumont, Au-delà du coma, mon combat : renaître ou baisser les bras ? 

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