Les voitures sont-elles vraiment responsables de la pollution urbaine ? Un expert nous répond
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Les voitures sont-elles vraiment responsables de la pollution urbaine ? Un expert nous répond
Vincent Pons |  22/04/2020 11:30
Les voitures sont-elles vraiment responsables de la pollution urbaine ? Un expert nous répond

L'un des avantages indéniables du confinement, c’est l’amélioration de la qualité de l’air dans les centres-villes. Pourtant, des pics de pollution subsistent. David Rozenfarb, responsable communication d’ATMO Grand Est, nous aide à mieux comprendre le rôle de la voiture derrière cela.

Lorsque l’on regarde les bulletins publiés sur ATMO analysant la qualité de l’air, on constate une amélioration. Pouvez-vous nous confirmer cette embellie ? 

Clairement oui. Aujourd’hui, on se rend compte que pour le Grand Est, on voit dans nos stations de mesure un double phénomène. Il y a eu le confinement et en parallèle une phase de vent très agitée. L’air a été extrêmement brassé, ce qui a permis la dispersion des polluants liés au trafic routier. La qualité de l’air en ville approche une qualité que l’on retrouve dans des zones où il y a très peu d’exposition à la pollution liée au trafic routier. Cependant, il est probable qu’en ce qui concerne les polluants émis par les véhicules, le jour où le déconfinement aura eu lieu, leur taux remontera dans l’air. Pour nous, cette période est un exercice de simulation grandeur réelle par rapport à toutes les réflexions que nous avons eues sur l’impact du trafic routier. Par rapport à ce que l’on constate et modélise, on voit que l’impact est assez important sur la réduction du trafic routier et particulièrement sur les NOx. 

Toute la pollution n’est pas forcément liée au trafic routier.

S’il y a une amélioration de l’air avec la baisse du trafic, certaines régions connaissent pourtant des pics de pollution, à quoi est-ce dû ? 

Dans le Grand Est, la pollution atmosphérique est composée d’un certain nombre de polluants et chacun d’eux peut réagir et être émis de façon différente. Les NOx sont liés au trafic routier et à la combustion, les particules PM10 et PM2,5 (également générées par le trafic routier) sont aussi liées à de l’activité agricole. Durant cette période de beau temps, le travail de labour ou encore le lisier vont devenir des sources d’émission polluante. Cette pollution, lorsqu’il fait beau et chaud, va être combinée aux rayons ultra-violets et aux molécules chimiques dans l’air générant de nouvelles pollutions (ozone, particules secondaires). 

Toute la pollution n’est pas forcément liée au trafic routier. D’autres facteurs doivent être pris en compte durant les pics de pollution. Des vents peuvent contenir des particules générées par les sables du Sahara ou du Kazakhstan, soit des activités agricoles dans l’est de l’Europe. Par rapport à une certaine météorologie, on peut aussi avoir une importation de particules qui seront mesurées dans l’air. La pollution par définition est une chose qui va impacter l’intégrité de l’humain. Les pollens, évidemment indispensables à la vie, sont également considérés par les associations de surveillance de la qualité de l’air comme des polluants et certains individus seront sensible à cela (allergies, asthme, etc).

Si les vents peuvent apporter de la pollution, est-il possible qu’ils nous amènent des polluants liés au trafic routier d’autres pays ? 

Non. Concernant l’importation du trafic routier extérieur aux frontières, elle se fait sur du très long cours. Ça vient de très loin, dans les hautes couches de l’atmosphère. À certains moments donnés, une certaine météorologie peut trouer les failles des couches atmosphériques et faire tomber la pollution au niveau de notre respiration. L’impact du trafic routier se restreint à la géographie d’une agglomération. Lorsqu’elle s’éloigne, elle va tellement se disperser et se diluer dans l’air qu’elle ne s’exporte pas d’une région à une autre. On ne peut pas dire que le trafic routier allemand provoque des pics de pollution chez nous et l’inverse est valable.

Aujourd’hui, nous respirons un air bien meilleur qu’il y a 30 ou 40 ans.

Quel est l’impact réel de la voiture sur notre qualité de l’air et quels sont les polluants dégagés ? 

Au niveau des polluants émis par les véhicules, on retrouve à la sortie du pot d’échappement les oxydes d’azotes, les fameux NOx, le NO2, le monoxyde de carbone, le CO2, les particules PM10 et les particules PM2,5. On retrouve également d’autres polluants liés à l’usure des pneus, du moteur, des freins à disques et des émanations liées au refroidissement du moteur thermique à l’arrêt. Nous estimons que ce qui sort du pot d’échappement représente environ 50% de la pollution d’un véhicule. 

Les pots d’échappement ont évolué et sont devenus plus performants depuis cinquante ans. Cela a-t-il eu un impact sur leur pollution ?  

Évidemment, c’est un constat que l’on fait depuis un certain nombre d’années. On le voit sur nos stations de mesure dans le Grand Est, la pollution liée au trafic routier diminue. Nous atteignons un pallier grâce aux technologies utilisées dans les années 1990-2000. On imagine que ce pallier est dû aux innovations technologiques. Les véhicules polluent beaucoup moins qu’auparavant, particulièrement les transporteurs routiers. On a actuellement l’image des poids lourds comme les principaux pollueurs routiers, c’est une réalité. Mais ils ont évolué et ils polluent beaucoup moins. Même certains moteurs récents peuvent polluer moins que le moteur d’un véhicule particulier. La pollution dans les années 1970-1980 était supérieure. On avait moins de connaissances et de maîtrises technologiques. Un certain nombre de nouveautés sont arrivées et permettent d’avoir une meilleure filtration. Nous ne conduisons pas des véhicules sans aucune émission mais l’amélioration est observée sur nos courbes avec 10 ou 15 ans de recul. Aujourd’hui, nous respirons un air bien meilleur qu’il y a 30 ou 40 ans. 

La voiture thermique pollue 100% de plus qu’une voiture électrique.

La voiture électrique est-elle selon vous une solution viable pour régler le problème de la pollution du trafic ?

Ce que l’on constate est que si l’on met une voiture thermique et une voiture électrique sur une route, la voiture thermique va polluer 100% de plus qu’une voiture électrique. Aujourd’hui, la mobilité électrique est une solution qu’il ne faut pas négliger. Si l’on prend une position globale, on se pose la question de la pollution du circuit de production et de recyclage des véhicules. 

Quels sont les risques liés à la pollution automobile pour la population ? 

D’un point de vue sanitaire, et d’après une étude de Santé publique France, on compte environ 48 000 personnes qui décèdent prématurément de la pollution de l’air chaque année. La pollution atmosphérique, particulièrement liée aux particules PM2,5, cause des cancers, des AVC, des problématiques cardiaques et les enfants sont aussi impactés. Nous avons participé à une étude qui montre que cette pollution causait des problématiques chez les bébés et chez les fœtus. Il ne faut pas oublier qu’il s’agit là de la deuxième cause de mortalité en France après le tabagisme. 

Météo Pollution de l'air trafic

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