Les transports publics sont-ils adaptés aux personnes handicapées ? Un expert nous répond
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Les transports publics sont-ils adaptés aux personnes handicapées ? Un expert nous répond
Vincent Pons |  24/02/2021 10:31
Les transports publics sont-ils adaptés aux personnes handicapées ? Un expert nous répond

Pour connaître la réalité de l'accessibilité des personnes en situation de handicap dans les transports, qui de mieux que l’association France Handicap pour nous renseigner ? Son conseiller national sur les questions de qualité d’usages, Nicolas Mérille, a pris le temps de répondre à toutes nos questions.

Tout d’abord, pouvez-vous nous dire quels types de handicaps sont impactés par de mauvais équipements dans les transports ? 

Il s’agit principalement des déficients moteurs et déficients visuels. Une personne qui a une déficience motrice rencontre des soucis avec les points d’arrêt car ils doivent être accessibles. Pour les déficients visuels, la question la plus importante est celle du repérage. Il leur faut pouvoir repérer l’arrêt.

L’accessibilité dans les transport sert-elle uniquement les personnes en situation de handicap ? 

Non, elle sert aussi aux personnes âgées, aux parents avec leurs poussettes, aux blessés temporaires ou aux voyageurs avec bagages. Il faut cependant rappeler que c’est un confort pour certains, mais une nécessité pour beaucoup.

Pourquoi la question de la praticabilité des transports pour tous est-elle si importante  ? 

Rappelons que selon l’OMS, dans le monde, 10 % de la population est en situation de handicap. Et selon l’INSEE, bientôt un quart de la population aura plus de 65 ans et en France il y a plus de 700 000 femmes enceintes, avec deux millions et demi de poussettes qui circulent chaque jour. Tout ce monde utilise les transports en commun, d’où l’importance d’un bon équipement du matériel roulant. 

Quelles ont été les améliorations à ce propos depuis 10 ans ? 

Le décret 2015-1755, promulgué il y a six ans, oblige les organisations de transport à s’assurer que leur matériel roulant soit équipé durant l’appel d’offre. Il existe alors un verrou juridique pouvant casser ce dernier si cette clause n’est pas respectée. L’autre point important a été la mise en place d’une échéance légale dans l’accessibilité des réseaux de transport, fixée au 26 septembre 2024. Théoriquement, à cette échéance, les autorités organisatrices de la mobilité doivent avoir rendu leur matériel roulant accessible, mais également les points d’arrêt prioritaires et le personnel doit être formé à l’accueil des publics. 

“En Île-de-France, si vous habitez dans l’Essone, vous payez six euros la course. Pourtant selon la règlementation, lorsqu’il y a du transport adapté, il doit être au même tarif que le transport public, soit le coût d’un ticket de métro”.

Que doit-encore faire pour accroître l’accessibilité ? 

Lorsque l’on parle de réseau de transport, on parle de matériel roulant et de point d’arrêt. C’est l’une des problématiques les plus importantes et nous avons un problème à ce propos. Depuis dix ans, il y a eu un saut qualitatif sur le matériel roulant. En revanche, l’accessibilité a régressé à propos des points d’arrêt. Dès que l’on dépasse les centres urbains, cela devient problématique. 

Existe-t-il alors des alternatives pour ceux qui ne peuvent pas emprunter les transports en commun ? 

Il existe des services d’acheminement pour ces personnes. Néanmoins, il est obligatoire de réserver plusieurs jours ou plusieurs semaines à l’avance. Cela devient du transport spécialisé. Nombreux sont ceux à se reporter sur ce mode de déplacement, mais il a un prix. Cette solution coûte plus chère aux personnes, mais aussi à la collectivité. Dans un schéma idéal, il faudrait que les transports publics soient accessibles à tous et qu’il n’existe qu’une petite part de transport adapté. Ils devraient être réservés aux personnes qui n’ont pas le choix comme ceux qui doivent se déplacer en fauteuil roulant avec une bouteille d’oxygène. 

En Île-de-France, si vous habitez dans l’Essone, vous payez six euros la course. Pourtant selon la règlementation, lorsqu’il y a du transport adapté, il doit être au même tarif que le transport public, soit le coût d’un ticket de métro. Aujourd’hui, seul le Val-de-Marne a établi une tarification au même prix que celui du transport public. 

Y a-t-il eu des erreurs, ces dernières années, dans la réglementation ou tout va-t-il dans le bon sens ? 

Une régression législative à ce propos est à souligner. Avec la loi de 2005, tous les points d’arrêt devaient être accessibles sauf en cas « d’impossibilité technique avérée ». Une ordonnance de 2014 a changé cette logique en établissant que seuls les points d’arrêt reconnus prioritaires doivent être rendus accessibles. L’observatoire public sur les territoires, le Cerema, a alors évalué à 35-40% le nombre de points d’arrêt devant être rendus accessibles en France. Quelle personne valide accepterait de voyager sur seulement 35 à 40 % de points d’arrêt dans les transports ?

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