L'éditours de David Abiker : la nuit je marche
LA NOUVELLE MOBILITÉ S’EXPLORE AVEC
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L’éditours de David Abiker : la nuit je marche
LA NOUVELLE MOBILITE S'EXPLORE AVEC
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LA REDACTION |  19/10/2020 12:08
L'éditours de David Abiker : la nuit je marche

Tous les mois sur Détours, l'inénarrable David Abiker nous invite à faire une pause avec ses "éditours" dont il a le secret, et où il est question de mobilité, de mouvements et même, un peu, de poésie. Dans cet édito, le journaliste revient sur ce drôle de mot qui a mis 20 millions de Français sur la touche pause après 21H00 : le couvre-feu.

La nuit dernière, j’ai enfreint le couvre-feu. Profitant du chien que je dois descendre, j’ai quitté mon domicile vers 23:00. J’ai d’abord fait le tour du pâté de maison, mais très vite, j’ai décidé d’aller plus loin. J’ai traversé Paris. Paris vide. “Pas un chat“, a dû penser mon chien.

Et surtout la route vide. Quand vous marchez au milieu d’une grande artère parisienne et que les voitures ont disparu, que les motos ont disparu, que les vélos ont disparu, vous avez l’impression d’avancer sur la peau nue d’un animal endormi. La peau nue de Paris, vieux dinosaure immobile.

On croirait qu’il a neigé toute la journée. La rumeur citadine s’est tue. La folie de la place de l’Etoile a cédé la place au silence de ces cirques antiques qu’on visite sur les bords de la Méditerranée. Hier encore à la même heure, on faisait ici rugir son moteur, on brûlait des priorités et l’on klaxonnait comme un fou.

Comment ne pas songer aux villes désertées des films et des séries les plus anxiogènes ? Comment imaginer que notre génération ne reconnaîtra pas dans ces rues vides et silencieuses le décor des cités désolées de Walking Dead, la tristesse sombre des rues sous contrôle de La servante écarlate ou l’angoisse sourde du chaos qui suis Le jour d’après...

Le chien me regarde. « Détache-moi s’il te plaît, il n’y a personne » semble-t-il dire. Il ne dit rien mais je le crois. Alors je le détache. Il trotte libre sur le pont de la Concorde.

La Seine coule, noire, tranquille comme une transfusion sur un patient inerte et j’entends sur le goudron le bruit de mes pas. Paris muette, Paris léthargique. Et cette chanson de Bashung qui revient, La nuit je mens. Non, la nuit je marche.

Il faut faire cette expérience si l’on vit dans la grande ville. Avec ou sans chien. Échapper au couvre-feu, raser les murs comme un partisan, se soustraire à la vigilance policière. Prendre le maquis urbain comme un fuyard ou un clandestin.

Là, à cet instant dans la nuit, jamais la liberté de circuler ne vous semblera si précieuse, si jubilatoire. Et qui sait si, au coin de la rue, vous ne tomberez pas sur la place dont soudain vous entendrez le murmure. C’est ici peut-être que se seront rassemblés sans tapage tous ceux qui, comme vous, auront bravé l’interdiction.

Couvre-feu David Abiker editours

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