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    Quand un excentrique millionnaire monte un club de foot vegan

    Ce sont un peu les Chippendale de la carotte. Ils sont anglais et jouent au foot en cinquième division dans Les Forest Green Rovers, le premier club de foot totalement écolo.

    “On mange vegan quasiment tout le temps. Au centre d’entraînement, au stade, à l’hôtel ». Fabien Robert a le teint hâlé – bien qu’il vienne du Morbihan. Il n’est pas vendeur à Naturalia, mais joueur de la bien nommée Forest Green Rovers, première et seule équipe de foot vegan au monde !

    Les 24 professionnels du ballon rond ont tous adopté ce régime alimentaire en arrivant dans le club anglais, tout comme l’entraîneur, le préparateur physique, le secrétaire général, l’attaché presse et on en passe. En bref, personne n’y coupe, et Fabien Robert, ancien joueur français du FC Lorient, n’y a bien sûr pas échappé non plus :

    « De toute façon, l ’Angleterre est horrible niveau gastronomie pour un Français. Dans tous les clubs anglais où je suis passé, la nourriture était dégueulasse. Tous les joueurs locaux le disent ! Donc, même si le côté vegan ne fait pas rêver, c’est loin d’être mauvais ici !”

    Mais que vient faire le véganisme, ce mode de vie qui consiste à ne consommer aucun produit animal ou issu de leur exploitation, entre les champs de ce coin plutôt perdu de l’Angleterre ? Tout est partie de l’initiative de Dale Vince, l’actuel président du club. Il le rachète en 2010 – à l’époque, le club a de sérieuses dettes et, ça tombe bien, Vince a de l’argent. Beaucoup d’argent. Il possède Ecotricity, la première compagnie d’électricité green d’Angleterre. Et le géant vert ne passe jamais inaperçu : moins d’un an après le rachat, il défraie la chronique lorsqu’il interdit la vente de viande rouge dans le stade et pour ses joueurs. En 2015, il franchit un nouveau palier en assurant un menu entièrement vegan. Finies les pies traditionnels des travées british et les fishs and chips.

    Bière vegan et eau recyclée

    Et ce n’est pas tout ! Sous son contrôle, les Forest Green Rovers, sont presque passés pro (ils sont en cinquième division sur 21) et se targuent d’être devenus le club “le plus durable” du monde. Un peu mégalo le Dale ? C’est qu’il a des arguments ! Les salariés utilisent désormais les voitures électriques d’Ecotricity. Richard Joyce, l’attaché presse du club, en prend une pour se rendre au stade, le New Lawn, situé sur une colline, entre des champs et des moutons.

    “Quand vous prenez certaines routes, vous pensez vraiment que vous allez à la ferme, pas au stade… Les joueurs qui viennent de Londres hallucinent en voyant cela.”

    Le trentenaire, qui cache ses cheveux blonds-roux sous son hoody noir, montre du doigt les panneaux solaires installés sur le toit et près de l’enceinte. Ils représentent 10% de l’énergie utilisée pour l’éclairage du stade. Et pour parfaire le tout, un système récupère l’eau de pluie pour irriguer le terrain. Dans cette région, il en tombe un paquet… La première saison, ils ont récolté 388 177 litres.

    Même la bière et le cidre sont au régime vegan. Dans le pub accolé au stade, le Green Man, on ne vend plus que des pintes véganes. Un crime de lèse-majesté au pays de la Reine ! Mais on ne se plaint pas trop du goût. “Elle fait le boulot”, rigole-t-on dans les couloirs du New Lawn, le stade des Forest Green Rovers. Fabien Robert, le joueur français, n’y voit pas d’inconvénient :

    “Si le président veut que ces joueurs s’initient à sa façon de faire, il a le droit. Après tout, c’est lui le big boss !”

    Caravane, éoliennes et coupe mulet

    Dale Vince est ce qu’on peut appeler un “sacré personnage”. Il vit dans un fort du 18e siècle qui surplombe la ville. “C’est un peu le parrain ici. Les gens sont limite à se coiffer pareil que lui !”, blague Fabien. La cinquantaine, l’Anglais arbore une sorte de coupe mulet plus ou moins adaptée au style du XXIe siècle.

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    La voix posée et le discours rôdé, il explique son parcours. Il a quitté l’école à 15 ans et au début des années 90 (lorsque la coupe mulet était encore à la mode), il vivait dans un ancien véhicule de l’armée “comme un hippie” :

    “J’ai dormi 10 ans dedans, se rappelle-t-il. J’expérimentais différentes façons de vivre. Mais j’ai toujours été concerné par l’environnement. J’aurais pu me contenter d’une ferme sur une colline mais je voulais avoir plus d’impact”.

    Désormais, la société en possède à travers tout le pays et a installé les bornes de rechargement pour les véhicules électriques. Dale Vince est aussi le directeur honorifique de la branche UK des Sea Sepherd, une organisation vouée à la protection des espèces marines, aux méthodes parfois contestées. Leur logo à la tête-de-mort apparaît d’ailleurs sur les maillots du club. Pour Paul Watson, le président des Sea Sepherd, Dale Vince est “un type extraordinaire”. Dale Vince est pourtant passé près du lynchage plus d’une fois. Lors de son arrivée, il a décidé de changer le logo et les couleurs des Forest Green Rovers. Des actions en général mal vues de la part des fans et qui auraient pu menacer le projet:

    “Je n’ai jamais été inquiet témoigne aujourd’hui le businessman écolo, la voix confiante. Notre ancien logo était similaire à celui du FC Barcelone, et pas dans le bon sens du terme. Donc on en a créé un qui reflète l’esprit du club. Pour les couleurs, elles étaient noir et blanc et n’avaient pas d’identité spéciale.”

    Les nouvelles sont vert et noir. “Il est très important de ne pas se laisser brider par les traditions, estime Dale Vince. Ou pire encore, par les habitudes”.

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    Pour arriver à faire progresser le club, Dale Vince aligne les billets. “Quand je dis mon salaire à des amis qui jouent en Ligue 2, ils hallucinent”, explique malicieusement Fabien Robert. “Dans la vie, tout ne tourne pas autour de l’argent”, balaie le proprio, bien conscient que cette phrase dans le milieu du football en fait quelqu’un d’atypique. “Nous sommes le premier club de ce type, mais quand j’ai lancé Ecotricity, c’était la première entreprise entièrement verte, conclut le sulfureux Dale Vince. Maintenant, il y en a partout dans le monde. J’espère que ce sera pareil pour les clubs de football”.

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