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    Pour combattre la solitude, les Japonais peuvent louer un ami, un papa ou une maman

    Pour remédier à ce fléau qu’est la solitude, Ishii Yuichi a eu une idée. Moyennant rémunération, il peut jouer le rôle d’ami ou de père pendant une période prédéfinie.

    Selon une étude du CREDOC pour la Fondation de France publiée en septembre, 700 000 jeunes Français − soit 6% des 15-30 ans − vivent dans une situation d’isolement social. Cela signifie qu’ils n’ont pas d’amis, voient rarement leur famille et sont célibataires. C’est déjà grave mais au Japon, la solitude est bien plus caractérisée. Elle est si répandue que de nouveaux termes servent à en décrire des aspects bien précis.

    Chaque année, 30 000 Japonais de 65 ans ou plus meurent dans l’indifférence de tous, dont 3 000 pour Tokyo seule.

    Seul, au pays du selfie. Le « hikikomori », par exemple, désigne un état psychosocial assez inquiétant dû à un trouble familial ou social. Il apparaît généralement chez les adolescents et s’exprime par un isolement volontaire et total dans sa chambre, n’en sortant que pour se doucher et aller au petit coin. En décembre 2015, le gouvernement japonais recensait 540 000 hikikomori, dont 35% duraient déjà depuis sept ans ou plus. Bien plus macabre, le « kodokushi » décrit la situation des personnes âgées mourant totalement délaissées, qu’on retrouve parfois plusieurs mois après le décès.

    Adopte un papa. L’idée d’Ishii Yuichi semble avoir germé dans l’esprit d’un scénariste de Black Mirror. Pourtant, elle est bien réelle. À travers sa société Family Romance, l’homme propose des services de location éphémère d’amis, de mari, de rendez-vous galant ou d’un proche en tout genre. Le temps d’une location de quelques heures, lui et ses collègues acteurs peuvent apporter un voile de soulagement à des personnes seules. Déjà composée de 800 acteurs, la compagnie de l’homme de 36 ans est vouée à un bel avenir et pourrait faire des émules.

    « Quand la séance prend fin, je me sens un peu triste. Parfois, les enfants pleurent. Ils me disent : « Pourquoi dois-tu partir ? »»

    Interviewé par The Atlantic, Ishii Yuichi explique que sa motivation est de « rétablir l’équilibre de la société ». Il part du principe qu’une femme seule a aussi droit de flirter et qu’un orphelin a également le droit de goûter à l’amour parental. De quoi, selon lui, « exaucer les rêves de ses clients » tout en étant un justicier des temps modernes.

    Je marche seulSon implication est complète, prenant même le nom et le prénom d’un papa disparu  pour une petite fille. « C’est un boulot. Quand je joue le rôle de papa, je ne fais pas semblant de l’aimer », déclarait-il. Avant d’avouer certaines limites : « Quand la séance prend fin, je me sens un peu triste. Parfois, les enfants pleurent. Ils me disent : « Pourquoi dois-tu partir ? »»

    Conclusion, dans un monde guidé par l’hédonisme et l’eudémonisme − pratiques qui dépeignent respectivement la recherche du plaisir et du bonheur comme buts de vie − la société d’Ishii Yuichi a choisi d’offrir une joie sincère mais éphémère. Pour aller plus loin, il va falloir envisager de recoudre un tissu social distendu et penser à l’intégration de chaque génération, notamment par la mobilité et le travail. Il va falloir faire autre chose de ses mains que de tendre des perches à selfie.

    Crédits photo : The Atlantic, Roc Morin

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