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    Cette Française récupère les plats de cantine pour ceux qui ont faim

    Citoyenne investie dans la lutte contre le gaspillage alimentaire, Laurence Kerjean a créé le Frigo Jaune, un système de redistribution des plats non consommés dans la restauration collective.

    Chaque année en France, ce sont 9 millions de tonnes d’aliments qui sont purement et simplement jetés à la poubelle, dont 1,6 par les cantines scolaires et les cafétérias d’entreprises, d’après les statistiques de l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie). Des chiffres qu’il faut mettre en rapport avec ceux fournis par la fondation Abbé Pierre qui indique que 4 millions de Français ne mangent pas régulièrement à leur faim, et que le nombre de sans domicile fixe a presque doublé en dix ans, pour atteindre 150 000 personnes vivant dans la rue en 2017.

    Outre la nécessité d’agir contre la faim, ces surplus alimentaires représentent aussi un gâchis écologique de grande ampleur. Il faut en effet 1 000 litres d’eau pour produire un kilo de farine, c’est-à-dire l’équivalent d’une baignoire entière, et 15 000 pour un kilo de viande. Autant dire qu’il était temps d’agir.

    Si, depuis le 11 février 2016, la loi contre le « gaspillage alimentaire » contraint les grandes surfaces à redistribuer leurs invendus, sous peine de se voir infliger une grosse amende, plusieurs acteurs ne jouent toujours pas le jeu, notamment ceux de la restauration collective. C’est là qu’intervient Laurence Kerjean et sa startup le Frigo Jaune, pour faire en sorte que les repas non consommés le midi par les écoliers, les employés ou les cadres ne finissent plus jamais à la benne. Un combat pas gagné d’avance au vu des nombreux freins qui existent encore. Pour en savoir plus, nous avons rencontré cette jeune entrepreneuse solidaire.

    Qu’est-ce qui vous a poussé à créer le Frigo Jaune ?

    J’ai toujours été passionnée de food et en voyant les chiffres du gaspillage alimentaire, ça a été un déclic. En novembre 2016, j’ai créé le Frigo Jaune lors d’un hackathon, que j’ai eu la chance de remporter. Notre startup s’inscrit dans la nouvelle règlementation RSE des entreprises, qui leur permet de mesurer leur impact environnemental chaque trimestre. Au quotidien, le process est simple : à la fin du service de restauration, le prestataire emballe les invendus du jour dans des doggy bags que nous lui fournissons, puis les met à disposition des gens gratuitement dans un de nos frigos. Ensuite, il enregistre ce surplus sur une application web dédiée. Les personnes qui se sont inscrites au Frigo Jaune peuvent alors se connecter via le chatbot et venir se servir, soit pour en profiter à titre personnel, soit pour redistribuer ces surplus à des gens qui ont faim.

    « 3 milliards de repas sont jetés chaque année dans la restauration collective, il est facile d’extrapoler sur le nombre de personnes qui pourraient être nourries grâce à ce système. »

    Combien de personnes pouvez-vous nourrir ? 

    Lorsqu’on voit les chiffres du gaspillage alimentaire, on a envie que cela profite en priorité aux 4 millions de personnes qui ne mangent pas à leur faim chaque jour en France. Mais on ne peut malheureusement pas nourrir toutes ces personnes. Le Frigo Jaune a choisi de s’investir dans un seul combat, celui de la lutte contre le gaspillage alimentaire, pour en limiter le gâchis. Nous opérons donc dans le circuit de la restauration collective. En moyenne, nous redistribuons entre 40 et 80 doggy bags par semaine et par entreprise. Quand on sait que 3 milliards de repas sont jetés chaque année dans la restauration collective, il est facile d’extrapoler le nombre de personnes qui pourraient être nourries grâce à ce système.

    Éviter le gaspillage, c’est également un moyen de sauvegarder la planète ?

    C’est même l’ambition première de notre projet, lutter contre l’aberration du gaspillage alimentaire pour éviter de continuer à peser lourdement sur le bilan écologique et environnemental. C’est tout à fait anormal qu’avec tout ce que coûte en eau et en dépenses énergétiques la production de nourriture, on en jette encore une bonne partie ! Réduire le gaspillage alimentaire, c’est réduire la pollution qui va avec.

    Vous avez pourtant rencontré des freins ? 

    Si le projet séduit unanimement les directions, les comités d’entreprises, les collectivités et surtout les salariés, les prestataires de restauration considèrent qu’un flou juridique lié au statut de ce type de don alimentaire non caritatif fait peser sur eux un risque de responsabilité. Le risque a été analysé par de nombreux juristes, il est très mineur. Mais ce sont les contraintes techniques que les acteurs de la restauration collective refusent de supporter. Ils utilisent le principe de précaution pour bloquer toute initiative de redistribution. Nous allons donc, pour le moment, devoir jeter l’éponge. Mais nous avons déjà fait le plus gros en mettant à jour l’existence d’un marché bien réel pour des projets d’anti-gaspillage. Maintenant, il s’agit d’ajuster des business modèles anciens à une demande nouvelle… C’est une question de temps avant que les choses bougent, mais elles bougeront.

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