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    C’est quoi ce délire autour des Escape Games ?

    Interview de trois fondus…

    Ça y est, on est bord de l’implosion. Pas un mois sans qu’un ami ne propose une sortie « Escape Game », pas un mois sans que ne s’affichent sur nos timeline Facebook des sourires victorieux : « On l’a fait ! » Que quelqu’un nous explique ces mines euphoriques : c’est quoi cette folie « Escape Game » ??

    Bon, ok : se glisser dans la peau d’un braqueur de banque, de prisonniers piégés dans une lugubre cellule, de détectives enquêtant sur de mystérieuses disparitions… Ça a l’air plutôt cool. C’est en tout cas ce que pensent Benjamin Bouwyn, Rémi Prieur et Mélanie Vives. Ces trois trentenaires ont testé plus de… 200 « escape rooms » en France et à l’étranger ! Tellement fans qu’ils ont même écrit un livre « Escape Game – Saurez-vous vous évader ? », aux éditions Mango. 

    Détours : En 2013, le 1er jeu a fait son apparition à Paris, aujourd’hui la capitale compte 90 salles. Le phénomène explose. On estime à entre 10 et 15 le nombre de nouvelles enseignes qui ouvrent chaque mois en moyenne en France ! Mais pourquoi cette folie autour de l’escape game ?

    Mélanie : Fouiller une salle jusqu’à la retourner, sans avoir à la ranger… Ça plait à tout le monde !

    Détours : Expliquez-nous ce qui vous pousse à vous enfermer une heure dans une salle… 

    Mélanie : Certaines familles veulent apprécier le décor, profiter. Elles ne sont pas dans la performance, et ne cherchent pas à résoudre l’enquête le plus vite possible. Il y a aussi des groupes d’amis, des personnes à la recherche du record, qui veulent réussir à sortir de la pièce bien avant l’heure et figurer sur le tableau d’honneur. Mais toutes ces personnes ressentent un même sentiment d’évasion. Le sentiment d’évasion est un cran au dessus qu’avec une série ou un film. Ici, tu es dans l’histoire, tu es même le personnage principal de cette histoire. Et toi seul peux débloquer la situation.

    Rémi : J’ai remarqué que là où les sociétés ont un fort bien-être, comme dans les pays nordiques, l’escape game arrive à peine. À contrario, dans les pays qui ont un contexte politico-économique compliqué, le jeu a trouvé son public. Ce sont effectivement des personnes qui ont besoin d’évasion. Quand tu es dans la salle, tu ne penses à rien d’autres. Tu oublies tout. Pendant une heure, tu échappes à la réalité et à tes soucis.

    Benjamin : D’autant plus que l’escape game est à l’opposé de la sur-connexion. Les téléphones restent à l’entrée de la salle.

    photo-escape-game

    Détours : Les entreprises à la recherche d’un team building représentent 50% du public des salles parisiennes. 

    Benjamin : L’escape game n’est pas une activité physique, qui aurait l’inconvénient de laisser certains de côté selon leurs inaptitudes. Le jeu ne requiert aucun savoir spécifique. Ici tout le monde peut jouer et se mélanger. Les cadres vont côtoyer les employés, la technique… Tout le monde va être emmené à communiquer et travailler en équipe, ce qui renforce un groupe.

    Détours : Vous avez testé plus de 200 « escape rooms » en France et à l’étranger. On joue partout dans le monde de la même façon ?

    Mélanie : Chaque pays a sa culture du jeu. Les Japonais sont dans la performance. Les enquêtes sont très difficiles. En Hongrie, les escape games ressemblent davantage à une succession des casse-têtes au décor sobre, alors qu’en France, la folie des décors prime. D’ailleurs certaines salles françaises peuvent coûter dix fois plus cher qu’à Budapest.

    Rémi : La France est le pays par excellence du spectacle, du théâtre, alors les joueurs sont très réceptifs aux décors des salles et au sentiment d’immersion dans ces derniers. Nous avons ici un marché très dynamique en comparaison à d’autres pays. L’escape game « à la française » s’exporte. Certains Français vont ouvrir des salles à l’étranger, à New-York ou à Londres par exemple.

    crédit flickr Bill P.
    crédit Flickr Bill P.

    Détours : Quelles sont les thématiques les plus récurrentes ?

    Benjamin : Il y a un vrai business autour des enquêtes qui font peur. Les joueurs viennent pour vivre des émotions, donc forcément le scénario et le décor jouent sur la peur et l’adrénaline. Il existe un escape game qui a reconstitué un hôpital psychiatrique abandonné par exemple.

    Rémi : Il est vrai que l’univers des escape games est toujours un peu sombre : prison, vol, meurtre… Mais aujourd’hui, les scénarios commencent à se diversifier. L’escape game va subir une succession de mode.

    Détours : Justement, où sont créés tous ces univers et par qui ?

    Benjamin : Budapest est surnommé la « capitale européenne de l’escape game. » On compte plus de 100 salles de jeu dans la capitale hongroise. C’est ici que les univers et les scénarios papiers sont vendus.

    Mélanie : Des game designers qui sortent tout droit d’écoles de « game design » créent et vendent ces univers. Mais ce peut être aussi des passionnés qui ont analysé les rouages du jeu. Les passionnés peuvent écrire leur énigme, l’améliorer, la peaufiner. Les franchisés en revanche, achètent des scénarios remis clef en main pour la plupart.

    Détours : Comment imaginer vous l’avenir proche de l’Escape Game ?

    Benjamin : Les marques vont s’intéresser au marché. Des géants comme Redbull, Google ou Citroën ont déjà créé leur escape game éphémère comme support de communication.

    Mélanie : Dans le futur, il y aura forcément de réels personnages dans le décor. A Tokyo, par exemple, il existe un manoir hanté dans lequel un comédien rôde.

    Rémi : Des professionnels se mettront sûrement dans le créneau de la réalité virtuelle. Elle sera utilisée pour créer des univers fantastiques et reproduire tout ce qui est difficilement réalisable concrètement, tout en permettant de rester immersif. Mais les gens cherchent le dépaysement, donc il y aura toujours des escape game physiques.

    Détours : Votre site «www.escapegame.paris » note et référence les « must-do » de l’escape game. Après avoir renseigné et conseillé plus de 100.000 visiteurs par mois, vous faites de votre passion un livre. Les lecteurs vont-ils retrouver les mêmes sensations que lorsqu’ils sont enfermés dans une salle thématisée ?

    Rémi : Notre livre « Escape Game – Saurez-vous vous évader ? » répercute exactement ce qu’il se passe dans une salle. Dans une escape room, la fouille est importante. Nous avons tenté de simuler cette fouille en mélangeant les pages et en jouant sur les visuels.

    Bon, cette interview nous a convaincus : le week-end dernier, une partie de l’équipe Détours était à Budapest – et c’est bel et bien la capitale des Escape Games !- et on a tenté un Escape Game. Il était 23h, le pitch : retrouver un serial killer avant qu’il ne tue une énième victime ! Résultat : on a presque réussi à résoudre l’énigme sans aide. Bravo à nous.

    Article : Juliette Hochberg

    Crédit photo de Une: Daniel Tückmantel

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