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    Benjamin Carle

    Le fou du « made in France » qui voulait réaliser son sandwich de A à Z

    Dans son documentaire « Sandwich », Benjamin Carle raconte comment il a réussi à se faire un pan bagnat en produisant seul tous les ingrédients. Une expérience qui interroge la tendance du « Do it yourself » mais aussi notre approche du travail.

    Benjamin Carle est un journaliste qui aime s’impliquer à 100%. Il y a trois ans, il livrait « Made in France », un livre et un documentaire racontant comment il avait réussi à passer une année à consommer exclusivement français avec un budget mensuel de 1800 euros. Résultat des courses selon un cabinet d’audit : son appartement était devenu 96,9% entièrement français. Les 3,1 % restant étant la peinture sur les murs, quelques ampoules et une tringle à rideaux.

    Avec « Sandwich », Benjamin Carle s’est posé un nouveau défi : réaliser un pan bagnat en partant de zéro. Pourquoi cette lubie ? Pour nous l’expliquer, Benjamin s’est mis à nu.

    Comment est venue cette idée saugrenue de sandwich ?

    J’avais remarqué autour de moi cette tendance au do it yourself : ma copine tricote, un pote a fait un stage pour apprendre à bien couper le poisson et un autre s’est mis à fabriquer des vélos. En soirée, il est devenu plus cool de ramener son propre guacamole plutôt que d’en acheter au supermarché. La mondialisation nous permet d’acheter tout ce qu’on veut, pourtant on veut faire les choses soi-même. L’idée de faire mon propre sandwich était un prétexte pour ausculter cette tendance DIY et questionner notre rapport au travail et à l’autonomie.

    Pourquoi avoir choisi de faire un sandwich précisément ?

    Quitte à faire moi-même quelque chose, autant que ça se mange. Le fait est qu’en France, on a un rapport très conservateur à la bouffe. Je voulais donc une recette stricte de sandwich. Elle m’a été donnée par la Commune libre du pan bagnat, association niçoise qui défend une recette traditionnelle : anchois, thon, œuf, olive, huile d’olive, pain rond, basilic, cœur d’artichaut, poivron, cébette, radis, tomate et ail. La règle d’or est qu’on peut ôter des ingrédients mais jamais en rajouter !

    J’ai planté mon blé en décembre 2016 et j’ai mangé mon sandwich le 20 septembre 2017.

    Combien cela vous a pris de temps pour le faire ?

    10 mois ! J’ai dû fabriquer un potager pour planter mes légumes et un poulailler pour élever des poules, j’ai pressé des olives pour l’huile, je suis allé en mer pêcher le thon que j’ai mis en conserve le lendemain et, bien sûr, j’ai préparé ma farine et fait mon pain comme un boulanger.

    Qu’avez-vous appris ?

    À chaque ingrédient que je produisais, j’ai rencontré des agriculteurs, pécheurs et artisans dont certains venaient de faire leur reconversion. Ça en dit long du travail aujourd’hui. J’ai interviewé la sociologue Anne Jourdain qui a étudié l’artisanat et découvert que ce n’était plus exclusivement un métier de transmission. Les gens ne veulent plus être un maillon de la chaîne, ils veulent un rapport concret au réel et aux matières que cette tendance au do it yourself permet de retrouver.

    L’autonomie totale, c’est envisageable ?

    On est tous à se dire : « Si un jour je me retrouve tout seul, sans rien, est-ce que je saurais faire un feu, cueillir, pécher et chasser afin de survivre ? » Pour ce documentaire, j’ai rencontré un survivaliste qui s’est coupé du système et vit quasi en autarcie. Chaque jour, il se fait son jus d’ortie, car c’est une ressource toujours à disposition. Son rapport à l’autonomie est extrême. Je voulais aussi réfléchir à la place du curseur. Et puis, si tout le monde se met à tout faire, il n’y a plus aucune spécialisation.

    L’autonomie, c’est peut-être un mythe.

    Au final, il était bon ce pan bagnat ?

    Oui, car c’est moi qui l’ai fait ! Bon, c’est certainement le sandwich le plus cher au monde. Si on compte les déplacements, les graines, l’argent pour fabriquer le potager et le poulailler, on arrive à plusieurs milliers d’euros. D’une graine de blé, je suis arrivé au sandwich. Mais cette sensation de fierté dépasse toute objectivité. Je l’ai ensuite fait goûter à un critique gastronomique. Il a trouvé le pain un peu sec…

    Le documentaire « Sandwich » est à découvrir en mars sur Canal +
    Crédit photos : Pierre-Emmanuel Rastoin / Canal+ 

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